Pourquoi je continue à faire des comptes-rendus de séances.

Crevons de suite l'abcès : oui, ça prend du temps et ça demande de la discipline. A chaque fin de journée, je reste 1h de plus au cabinet pour les rédiger. Et quand je n'ai pas le temps ou pas l'énergie à ce moment-là, j'essaie de le faire maximum dans les 48h qui suivent.

Ce sont des notes que je prends pour moi en tant que thérapeute et réflexologue. Elles ne sont destinées à personne d'autres. Parfois j'écris beaucoup, parfois juste quelques lignes ou quelques mots, et parfois "Séance faite il y a 5 jours, je ne me souviens pas". C'est OK.

Mais c'est une habitude, devenue presque un rituel, qui m'ancre, me soutient et m'accompagne. Alors je continue…

Pour ne pas me forcer à tout retenir.

Parce qu'on a des vies bien remplies et que nous sommes sur-saturés d'informations et d'émotions. Mes mains ont une mémoire du toucher, et je fais confiance à ça, mais ma tête a besoin d'être rassurée. Je ne suis pas l'archiviste de mes clients, et mon but n'est pas de tout consigner. Mais il y a pour moi une certaine forme de respect à bien ranger ce que le client m'a confié et ce qu'il s'est passé, et à pouvoir le reconsulter si besoin. C'est ma façon à moi d'aller jusqu'au bout de ma démarche de thérapeute dans l'attention que je porte aux clients.

Pour prendre du recul sur la séance. Ne pas surinterpréter, mais regarder avec un peu plus de distance ce qui s'est joué.

Parce que mes mains sont plus rapides que moi. Des mots sont posés, des maux sont déposés, des émotions sont partagées, la relation thérapeutique se tisse, et mes mains travaillent, se déplacent, changent de pression… J'écris des comptes-rendus pour que ma tête ait l'occasion de remettre toutes les pièces du puzzle ensemble et elle a souvent des « ahah moments » du style « aaaah mais c'est pour ça que j'étais sur la rate ! »…

Pour garder un regard critique sur moi-même. Analyser de manière systématique et continuer à grandir en tant que thérapeute.

Parce que parfois c'est le client qui est coincé, et parfois c'est moi. Ecrire m'oblige à ne pas mettre sous le tapis discrètement une séance qui aurait été inconfortable ou à l'inverse trop routinière. Ecrire m'oblige à me poser des questions sur ma pratique et mon accompagnement. L'historique et l'analyse de mes notes m'aide à rester objective, autant que possible, avec moi-même.

Pour faire des ponts. Approfondir et relier ma pratique à des notions anatomiques, physiologiques, pathologiques, sociétales, et à d'autres pratiques.

Parce qu'un thérapeute se nourrit à la fois de son expérience et de celles des autres. Je m'autorise pendant quelques minutes à explorer le flot de questions dans ma tête : Comment marche l'articulation de l'épaule dans le détail déjà ? On en est où avec Alzheimer aujourd'hui ? Il faudrait que j'appelle Charlotte pour échanger sur comment elle aborde ce symptôme en naturopathie… Et parce que les journées ne font que 24h, je note les idées que je veux creuser.

Pour clôturer la séance, pour mes mains et pour moi. Prendre ce temps pour moi, pour ne pas accumuler.

Parce que ce qui se passe en séance est parfois intense. Le client arrive avec ses bagages et repart un peu plus léger, mais je ne veux pas pour autant me retrouver à porter les valises de tout le monde. Je fais des comptes-rendus pour transformer moi aussi à mon niveau les séances. Comme je le ferais pour ma propre maison, je range, je nettoie et me voilà fraîche, prête à accueillir les prochains invités !